Au bout des plateformes, la précarité ? 2ème Partie

 

Uber, Deliveroo, Amazon, Pharmao, Yper… Du VTC à la livraison de repas ou de médicaments, l’essor récent des plateformes numériques de mise en relation est fulgurant. Engendrera-t-il des nouvelles formes de précarité ?

De cette ruée vers les plateformes se dégage quatre problématiques principales 

  • Les contrats courts impliquent plus d’insécurité, par définition. Selon Novethic, « Le taux de transition entre les périodes de chômage ou d’inactivité et l’emploi est 10 fois plus élevé pour un travailleur classique que pour un travailleur atypique. » Cette insécurité met le travailleur dans une situation plus fragile face aux licenciements par exemple ou aux réductions de temps de travail.
  • Le salaire des travailleurs en emploi temporaire est moins important que celui des travailleurs « classiques » à poste équivalent – jusqu’à 30% de salaire en moins.
  • La protection sociale est moins solide. L’accès aux prestations de sécurité sociale et à la formation professionnelle, par exemple, est moindre. Par ailleurs, les accidents du travail sont plus nombreux.
  • La vie personnelle et familiale est également impactée. Les travailleurs occasionnels (temporaires, « à la demande »…) n’ont pas les mêmes possibilités d’accéder au logement et aux crédits.

 

 

Les « opportunités » du modèle Uber sont donc à relativiser. Les avis sont d’ailleurs divisés sur ce point. Ce modèle reposant sur l’utilisation du statut d’entrepreneur, il détourne à grande échelle un statut. Créé en 2009, il devait pourtant à l’origine faciliter l’entrée dans le monde du travail et simplifier la création d’entreprise.

Mais le recours massif aux emplois atypiques implique un investissement moindre dans la formation, l’innovation ou les technologies. C’est un mode de travail axé sur la rentabilité à court terme. Or, en période Covid, peu d’entreprises ont la possibilité de se projeter dans l’avenir. Ce n’est même plus une question de choix, mais de nécessité.

 

 

Des risques économiques… pour tous 

La consommation a changé et en peu de temps. Les commandes sur internet ne cessent d’augmenter. Les entreprises se sont adaptées en recrutant massivement pour répondre à la demande et aux nouvelles formes de consommation.

En 2021, ce sont 200 000 chauffeurs et livreurs qui sillonnent les rues à notre service, à prix abordables pour le consommateur. L’Ubérisation était en marche. Rôdée, elle a acquis sa vitesse de croisière durant la pandémie.

Elle est devenue une norme de notre paysage, norme qui s’appuie sur un contingent « tout neuf » d’indépendants.

 

A l’heure où de nombreux commerces peinent à vivre au jour le jour, la situation est tout aussi compliquée pour les entrepreneurs. Leurs activités se sont diversifiées, certes, au travers d’opportunités nouvelles et grâce à l’essor des moyens technologiques. Les plateformes de mise en relation ont industrialisé l’entreprenariat et ont fait émerger de nouvelles formes de travail, presque un nouveau statut : celui des ouvriers de demain.

Nous pouvons néanmoins nous réjouir de la prise de conscience du législateur qui a mis en place, dès la loi Travail de 2016, diverses dispositions (prise en charge de cotisation assurance, versement d’une contribution formation professionnelle…). Celles-ci ont par ailleurs été renforcées en 2019. Et la précarisation du statut n’est pas une fatalité pour peu que la législation française, à l’image de celle d’autres Etats (Royaume-Uni, Australie, Italie, Californie..), œuvre à mieux encadrer ces travailleurs.

Ainsi, chacun pourra réellement mieux travailler.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *