Jusqu’où est prête à aller la GenY pour trouver un stage ou un job ?

Portrait d'un groupe (diversité) en équipe de travail

Il y a quelques années, les entreprises proposaient encore de nombreuses offres de stages et d’emplois pour les étudiants et les jeunes diplômés. Aujourd’hui, le choix est restreint voire inexistant. Alors pour se positionner et trouver sa place, la Génération Y ne manque pas de créativité, quitte à utiliser des méthodes peu banales.

Il ne s’agit pas bien sûr ici de généraliser mais plutôt d’observer une tendance qui nous montre la difficulté d’accéder au monde de l’entreprise et la spirale infernale du stage/ premier emploi à laquelle cette génération est souvent confrontée. Voici quelques témoignages glanées au fil de mes rencontres qui illustrent cette évolution.

S’inventer une expérience professionnelle

Elle est probablement une des techniques les plus connues mais également celle dont personne n’ose vraiment parler : s’inventer une expérience pour valoriser son CV.

Antoine  témoigne : « Après deux ans en école de commerce, je devais effectuer un stage de 6 mois à l’étranger dans le cadre de mes études. Je n’ai eu aucune aide de mon école, pourtant très connue nationalement. J’ai passé plusieurs mois à chercher sans succès une entreprise pour m’accueillir. Quand j’ai compris que mon manque d’expérience professionnel était un réel handicap, je me suis résigné à falsifier mon CV en mentionnant un stage dans une agence de publicité. Et cela a porté ses fruits, puisque deux semaines après je décrochais un stage ».

Même combat pour Chloé, qui cherchait un job d’été, et qui malgré toutes ses expériences dans le monde de l’entreprise, a modifié son CV le temps d’un été. « N’ayant aucune envie de rester inactive pendant l’été et entre deux années d’études à l’étranger, j’ai tenté de trouver un job saisonnier comme vendeuse en France. Mais comme je n’avais aucune expérience dans ce domaine, j’ai décidé de dire à l’entretien que j’avais déjà eu des missions de courte durée dans plusieurs grandes chaines. J’ai été intégrée immédiatement».

Payer une agence de placement pour trouver un stage à l’étranger

Les agences de placement ou « organismes sponsors » ont vu le jour sur Internet il y a une dizaine d’années et deviennent de véritables interfaces entre les entreprises et les étudiants en contrepartie d’une rémunération. Le montant varie en fonction de la durée du stage et du lieu géographique, mais en général, il faut compter plusieurs milliers d’euros.

Thomas, en 2ème année d’une grande école de commerce, a contacté une de ces agences pour trouver son stage en Californie : « J’ai passé plusieurs mois à chercher un stage dans un pays anglophone, mais compte-tenu de la barrière de la distance, je n’ai reçu que quelques retours de la part des entreprises contactées. Et ces premiers contacts sont finalement restés sans suite. J’ai donc décidé de faire appel à une agence de placement spécialisée aux Etats-Unis. Cela a été très rapide : un entretien pour m’évaluer puis un rendez-vous sur Skype avec une entreprise à San Francisco. Quand celle-ci a validé ma candidature, l’agence de placement m’a aidé à obtenir mon visa. Le total des frais, financé par mes parents, s’est élevé à plus de 3 000 euros. Mais c’était cela ou rien ».

 Acheter une fausse convention de stage

Les jeunes diplômés se retrouvent parfois prisonniers d’un cercle infernal : ils ne parviennent pas à se faire embaucher mais ils n’ont plus la possibilité d’effectuer le stage qu’on leur propose. En effet, la loi est stricte : pour être stagiaire, il faut être étudiant et la durée du stage ne peut excéder six mois.

Alors devant cette complexité, certains jeunes diplômés choisissent d’ obtenir une fausse convention de stage auprès de sites spécialisés en déboursant 580 euros en moyenne. Zoé explique  : « Je souhaitais faire un stage, mais mon école a refusé d’effectuer une nouvelle convention . Plusieurs options s’offraient à moi : s’inscrire à la fac et devenir une  » étudiante fantôme  » uniquement pour obtenir la convention ou bien demander à un organisme de m’en fournir une pour plusieurs centaines d’euros. La convention étant obligatoire pour trouver un stage, j’ai opté pour cette deuxième solution, et j’ai enfin réussi à intégrer une entreprise. J’aurais préféré un CDI ou un CDD mais un stage est toujours préférable à l’inactivité ! » .

 

Si vous avez vécu ou connaissez des expériences similaires, n’hésitez pas à partager vos témoignages ici.

4 commentaires

  1. Philippe JARRIN Répondre

    Merci pour votre article. Je suis admiratif de votre liberté de ton et de votre pertinence, tout en restant « politically correct ».
    La situation est vraiment inquiétante, mais au moins vous dites la vérité !
    Notre circuit économique ne donne plus de place à tout le monde …

    • Agnès Duroni Auteur de l’articleRépondre

      Merci infiniment pour votre commentaire qui me touche beaucoup.
      En effet, la situation est inquiétante car nous sommes dans une spirale infernale. Les entreprises sont freinées dans le recrutement, usent des stages et offrent peu d’emplois. Et les étudiants sont contraints de trouver des solutions pour entrer dans un tel système. Par ailleurs, quand les solutions sont onéreuses, elles créent de nouvelles exclusions…
      Au plaisir d’échanger.

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